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La modernisation tarifaire compte parmi les grandes priorités des organismes de réglementation et des distributeurs d’énergie partout en Amérique du Nord. Elle peut poursuivre plusieurs objectifs : améliorer les pratiques tarifaires traditionnelles, recourir à une tarification dynamique pour réduire la demande en période de pointe, instaurer de nouveaux tarifs adaptés aux usages émergents ou encore corriger certains effets indésirables de structures tarifaires antérieures. Dunsky accompagne ses clients dans leurs démarches de modernisation tarifaire en leur fournissant des travaux de recherche, des analyses et des conseils d’experts sur les principaux paramètres de conception, afin d’en maximiser les retombées.

Dans le cas des véhicules électriques (VE), la conception tarifaire revêt une importance particulière. L’accès à la recharge rapide publique est essentiel à leur adoption, notamment pour les conducteurs qui ne disposent pas d’une solution fiable de recharge à domicile et pour les déplacements sur de longues distances. Or, la recharge publique fait face à un défi fondamental. La majorité des recharges de VE s’effectuent à domicile, alors que les infrastructures publiques doivent souvent être déployées plusieurs années avant que leur taux d’utilisation soit suffisamment élevé pour soutenir un modèle d’affaires viable. Il est donc particulièrement difficile de concevoir des tarifs adaptés à cette réalité.

Dans ce contexte, les distributeurs d’énergie, les organismes de réglementation, les gouvernements et les fournisseurs de recharge partout en Amérique du Nord se demandent de plus en plus si les primes de puissance facturées aux exploitants de bornes constituent un frein à l’investissement. Dans de nombreuses régions, le débat porte principalement sur la possibilité de réduire, voire de supprimer, ces frais pour les bornes de recharge rapide publiques.

Mais le véritable enjeu se situe peut-être ailleurs.

Pourquoi les primes de puissance traditionnelles ne sont toujours pas adaptées

Les primes de puissance ont été conçues pour des clients dont le profil de consommation est relativement stable. Or, la recharge rapide publique répond à une tout autre dynamique. Les bornes peuvent entraîner des pointes de puissance élevées, mais peu fréquentes, particulièrement dans les marchés où l’adoption des VE en est encore à ses débuts. Il suffit parfois qu’un site atteigne sa puissance maximale pendant une brève période au cours du mois pour que des primes de puissance importantes lui soient facturées.

Cette situation est particulièrement problématique pour les sites peu achalandés, notamment ceux situés dans les collectivités rurales ou le long des corridors routiers. Ces emplacements sont essentiels pour assurer une couverture adéquate du réseau de recharge et soutenir l’adoption des VE, mais leur taux d’utilisation demeure souvent trop faible pour en garantir la rentabilité.

Les distributeurs d’énergie décrivent généralement cette réalité à l’aide du facteur d’utilisation, un indicateur étroitement lié au taux d’utilisation des bornes. Les sites de recharge rapide publique présentent habituellement un faible facteur d’utilisation, puisqu’ils combinent des pointes de puissance élevées à une consommation totale d’électricité relativement modeste. Leur profil de consommation se distingue donc nettement de celui des clients commerciaux traditionnels, même lorsqu’ils sont assujettis à la même structure tarifaire.

La question est alors de savoir si les primes de puissance traditionnelles reflètent adéquatement les coûts que la desserte de ces sites occasionne pour le réseau.

Image description

La recharge rapide publique présente un profil d’utilisation très différent de celui des clients commerciaux traditionnels.

Cette figure, tirée du DCFC Electricity Rate Design Document (Document de conception des tarifs d’électricité pour les bornes de recharge rapide à courant continu) de Dunsky et déposé en preuve à l’appui de la demande générale de tarifs d’Énergie NB, compare les facteurs d’utilisation d’un échantillon représentatif de clients commerciaux assujettis au tarif Usage général I à ceux des sites de recharge rapide en courant continu exploités par Énergie NB sur le réseau branché (eCharge).

Une solution plus pérenne

Dans le cadre d’un mandat réalisé pour Énergie NB, Dunsky a donc cherché à déterminer comment mieux arrimer les tarifs au profil d’utilisation réel des sites de recharge rapide publique. L’objectif n’était pas simplement de réduire la facture d’électricité des exploitants de bornes, mais de faire en sorte que les frais qui leur sont imposés reflètent mieux leur utilisation du réseau.

La solution proposée repose sur une approche plus nuancée qu’une simple suspension des primes de puissance ou qu’une exemption généralisée. Plutôt que d’éliminer ces frais, elle prévoit de les réduire pour les sites peu utilisés et de faire reposer une plus grande part du recouvrement des coûts sur les frais d’énergie. À mesure que le taux d’utilisation augmente, les primes de puissance augmentent progressivement et la structure tarifaire se rapproche d’un tarif commercial traditionnel.

Cette approche reconnaît qu’une station de recharge très peu utilisée présente une réalité économique fondamentalement différente de celle d’un site bien établi et fortement achalandé. Elle tient également compte du fait que ces deux types de sites peuvent avoir des répercussions différentes sur le réseau.

La structure proposée pour Énergie NB maintient par ailleurs une tarification de l’énergie en fonction de l’heure de consommation. Elle préserve ainsi un signal tarifaire qui reflète la variation des coûts de l’électricité au fil de la journée et incite les exploitants de bornes à envisager des stratégies permettant de limiter leurs coûts pendant les périodes où ceux-ci sont plus élevés.

L’importance de la causalité des coûts

La principale conclusion de l’analyse n’était pas que les exploitants de bornes avaient besoin d’un allègement tarifaire, mais plutôt que la recharge rapide publique ne cadre pas toujours bien avec les structures tarifaires commerciales traditionnelles.

L’analyse de Dunsky a montré que, pour un échantillon représentatif de stations de recharge, les revenus perçus selon le tarif en vigueur étaient supérieurs aux coûts estimés de leur desserte. L’enjeu ne concernait donc pas seulement l’abordabilité, mais aussi le principe de causalité des coûts. En effet, les frais imposés aux exploitants de ces stations ne correspondaient pas pleinement aux coûts que leur utilisation du réseau entraînait.

Le tarif proposé, fondé sur le taux d’utilisation, visait précisément à corriger ce décalage. Il améliore la viabilité économique des investissements dans la recharge publique, tout en demeurant conforme aux principes fondamentaux de la conception tarifaire, notamment l’équité, le recouvrement des coûts et l’établissement de signaux de prix adéquats.

Un enseignement pour les distributeurs d’énergie et les organismes de réglementation

Le principal enseignement est que le soutien à la recharge publique n’impose pas de choisir entre le développement économique et une conception tarifaire rigoureuse. Dans certains cas, ces deux objectifs peuvent être conciliés.

À mesure que l’adoption des VE s’accélère, l’attention se porte de moins en moins sur les seules cibles de déploiement des bornes et davantage sur les modèles d’affaires qui assureront la viabilité à long terme des réseaux de recharge. Les distributeurs d’énergie et les organismes de réglementation reconnaissent d’ailleurs de plus en plus le rôle déterminant que la conception tarifaire peut jouer dans cette transition.

Le tarif de recharge fondé sur le taux d’utilisation proposé par Énergie NB a récemment été approuvé par la Commission de l’énergie et des services publics du Nouveau-Brunswick. Cette décision montre que les organismes de réglementation sont disposés à envisager des approches novatrices lorsqu’elles reposent sur une analyse rigoureuse et respectent les principes établis en matière de tarification.

Au-delà de la recharge des VE

Pour Dunsky, ce mandat s’inscrit dans une démarche plus vaste visant à aider les distributeurs d’énergie, les gouvernements et les organismes de réglementation à concevoir des tarifs qui tiennent mieux compte de l’évolution des technologies, des besoins de la clientèle et des réalités du réseau. Qu’il s’agisse de soutenir l’électrification, l’intégration des ressources énergétiques décentralisées ou d’autres initiatives de décarbonation, une conception tarifaire efficace est essentielle pour créer des conditions économiques propices au déploiement à grande échelle des technologies propres.

À mesure que les réseaux électriques se transforment, les questions liées à la conception tarifaire, à la causalité des coûts et aux incitatifs offerts aux clients gagneront en importance, au même titre que les activités plus traditionnelles de planification et de prévision.

Le rapport complet est disponible ici (en anglais seulement). Il présente en détail l’analyse ayant mené à l’élaboration du tarif proposé, notamment les commentaires recueillis auprès des parties prenantes, dont des exploitants de réseaux de recharge, l’évaluation de la causalité des coûts et du coût de service, l’examen des principales approches adoptées en Amérique du Nord, ainsi que la conception de la structure tarifaire fondée sur le taux d’utilisation qui a finalement reçu l’approbation de l’organisme de réglementation.

Jeff Turner

Directeur, Mobilité

Jeff est directeur de la mobilité chez Dunsky et codirige les services de l’entreprise en matière de mobilité. Il agit comme conseiller stratégique auprès de décideurs partout en Amérique du Nord responsables d’accélérer la transition vers les véhicules électriques et d’autres modes de transport à faibles émissions de carbone.

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